Aujourd’hui S. avait décidé de m’offrir un défilé en costume de majorette. Elle voulait même traverser l’étage pour venir s’afficher ainsi directement dans mon bureau, comme une petite fille en plein Electre qui tente de séduire son père en défilant devant lui avec les souliers à talons de maman.
Mais le ponte est sorti de son bureau juste à ce moment-là. N’en sortent pourtant, d’ordinaire, que les volutes puantes de ses cigares bons marchés.
Ainsi vêtue, S. a fait demi-tour in extremis, m’a raconté la collègue qu’elle avait alors envoyé me chercher.
Sortir de mon bureau en suivant la collègue, prendre un papier à la main pour me donner l’air important, me donner l’air d’être débordé.
J’arrive dans l’ex studio photo devenu salle d’archives, et je vois cette petite pute, avec ses grandes soucoupes azur qui lui servent d’yeux, naïfs mais nymphomanes, en train de rajuster une botte blanche. « Comment tu la trouves ? » me demande sa collègue. J’ai envie de lui répondre que je voudrais la tabasser et puis la baiser alors qu’elle gît inconsciente. Jouir dedans. Et puis me masturber en regardant les bleus sur son joli visage et jouir une seconde fois, dessus. Mais ça n’irait pas, j’ai un statut à conserver. Je suis le seul à travailler en costard. Je ne peux pas dire ce que je pense à ce moment précis. Donc je la clappe. Je reste appuyé dans l’encadrement de la porte. Elle se remet à son travail de classement, dans son costume de majorette, pendant que je tente d’afficher une certaine nonchalance, et que sa collègue, elle, me mate sans équivoque. Je demande à S. de me remémorer pour quelle fonction elle a été embauchée, commerciale, c’est ça ? Non, employée polyvalente. Oui, c’est bien, la polyvalence, c’est très formateur.
Finalement, j’ai beaucoup de chance. Personne ne sait exactement en quoi consiste mon boulot, mais tout le monde sait instinctivement que j’ai de grosses responsabilités. Des responsabilités qui les dépassent. Par conséquent, on me fiche une paix royale. Le ponte, il y a longtemps qu’il a démissionné. Mentalement, j’entends. Il se contente d’encaisser ses chèques hebdomadaires de 3184€, de fumer, et de se faire apporter des whiskies. Au fond, je ne sais pas trop qui fait tourner cette boite. Je veux dire, le niveau hiérarchique strictement inférieur au ponte, c’est moi. Et, pour autant que je sache, je ne fais rien tourner du tout. Encore en dessous, il y a une quirielle de filles qui défilent en costume de majorette. Tout en bas, il y a une femme de ménage qui fait des trucs vaudous.
Enfin je crois.