Huit minutes après lui avoir fait un appel absence, on commence à trouver le temps long devant chez Léa. Le moteur de la caisse est coupé, et ça commence à cailler dans l’habitacle. J’ordonne à mon pote de la rappeler, elle décroche et s’excuse de ne pas arriver à réveiller Kream, qui vient de s’envoyer seule une bouteille de Martini rouge.
I say whatever.
Elles finissent pas sortir de la maison. Je les vois arriver dans le rétroviseur, je déverrouille une portière pour les laisser monter. Kream est habillée comme une pute complètement wasted qu’elle est. Léa est impeccable et sexy. Pourtant je décide de ratisser large et leur demande si elles sont si désespérées qu’elles ont jugé nécessaire de montrer toute la marchandise avant même d’être dans un lit. Claque sur mon biceps, évidemment.
Durant le trajet, je les tease et devient verbalement limite désagréable avec L. Mais en gardant un demi-sourire et mes yeux dans les siens, je parviens à lui faire passer le parpaing de mon arrogance comme s’il s’agissait d’un petit suppositoire bien lubrifié. Dingue ce qu’on peut passer comme savon à une femme, du moment qu’on garde un regard charmeur. J’avoue avoir encore parfois du mal à rester dans les limites strictes de l’arrogance amusée, à ne pas sombrer dans la vulgarité plate. Rester fin pour moi c’est un peu comme manœuvrer une moissonneuse-batteuse sur le slalom du permis moto. Ca me demande une sacrée dextérité quoi. De rester socialement acceptable.
Arrivés au club, L. trouve le moyen d’enlever une couche de tissu. Et là ce n’est pas son ventre que j’observe, mais la tête de mon pote qui parvient à exprimer énormément de choses en l’espace d’à peine deux secondes… D’abord ses yeux se braquent littéralement sur le joli nombril ainsi dévêtu, puis ils s’exorbitent légèrement, sa bouche s’entrouvre, puis finalement il détourne la tête très rapidement et se met à regarder au loin, comme s’il avait vu quelque chose. Je rigole doucement. L. me demande ce qui se passe, en haussant un sourcil. Je ne réponds pas, et me dirige vers le bar.
La musique est bonne et forte, je vais pouvoir danser à jeun. Je commande juste une Carlsberg. K. me parle à l’oreille à deux reprises, d’une manière exagérément et délibérément sensuelle. Je dois admettre qu’elle me prend au dépourvu, que son souffle dans mon cou et sa peau contre la mienne me désarçonnent autant qu’ils m’excitent. Je pensais au moins atteindre la piste de danse pour la phase de rapprochement… Elle s’enfile quatre bières quasiment d’une traite, pour éteindre un peu le Martini Red sans doute.
Je finis ma Carlsberg tranquillement et m’avance façon playa vers la piste de danse. L., que je n’ai pas cessé de casser, est forcément en train de me mettre le paquet d’eye-contacts diaboliques, on se frotte, on se cherche… mais en fait non, moi je voudrais bien choper cette petite pute de K, qui a l’air trop cinglée que pour ne pas être un de ces super bons coups dont on se souvient longtemps. Je ne suis pas intéressé par la conventionalité de L. qui me drague.
L. continue à m’allumer et je joue le jeu. Ca se fait, parait-il. Mais du regard je cherche K et ne la trouve pas. Elle réapparaît dans mon champ de vision après quinze minutes, en train de se laisser enrouler par un gars qui semble avoir seize ans maximum, très efféminé. Il la pelote, ils se caressent, ils se frottent. Je suis très excité et jaloux, bien que je sois occupé à faire la même chose de mon côté avec L.
Puis le mec essaie d’embrasser K. une fois, puis une seconde, mais elle détourne la tête et finit par le repousser carrément après quelques minutes. Elle a exclu elle-même mon compétiteur.
Du coup je n’ai plus envie d’elle, et plus envie de rien.
Je rentrerai seul ce soir.