S’il ne me restait qu’un poumon

29 novembre 2006

Deux bureaux plus loin j’entends le ponte qui hurle au téléphone dans un anglais approximatif. Je crois qu’il tente de se faire comprendre par un fournisseur chinois. Il crie pour mieux se faire entendre, comme si les lignes internationales étaient toujours mauvaises, comme il y a 15 ans. J’ai envie d’aller lui dire que ça ne sert à rien, que l’interlocuteur entend probablement son souffle comme s’il était à ses côtés. Je m’abstiens.

Il y a beaucoup de choses dont je m’abstiens.

Je crois que je vais tenter de mettre en place quelque chose de nouveau. Un projet. Une réforme de notre manière de fonctionner. Une restructuration de notre façon de penser les finances de cette entreprise. Quelque chose de grand, de beau.

Pas la moindre idée de ce dont il s’agira, cependant.

En attendant, je fais du tri sélectif parmi les gens que je côtoie. Ceux qui consomment plus d’énergie qu’ils ne daignent en apporter. Je calcule la valeur énergétique de chacun, sans affect, et je raie. Je me sens mieux, plus libre. C’est toujours ça que ça fait, de larguer les gens. Celui qui largue ne souffre pas, qu’on ne vienne pas me faire rire avec ça. Je ne leur donne pas forcément d’explication. Je ne tiens pas à faire mal.

Avec Toi c’est différent. Il n’y a aucun livre, aucun film qui puisse suggérer ne fût-ce qu’une ébauche de la complexité de nos rapports. Alors je t’ai expliqué. A quel point j’ai besoin de me concentrer sur tes mauvais côtés. Je crois que tu seras soulagée, finalement. Plus personne pour remettre en cause ta connerie.

Ce soir il y a cette fille, le service à rendre, qui me mange à présent dans la main.
Sans affect, bien sûr.
Juste pour rendre service.
C’est évident.

Majorette

28 novembre 2006

Aujourd’hui S. avait décidé de m’offrir un défilé en costume de majorette. Elle voulait même traverser l’étage pour venir s’afficher ainsi directement dans mon bureau, comme une petite fille en plein Electre qui tente de séduire son père en défilant devant lui avec les souliers à talons de maman.

Mais le ponte est sorti de son bureau juste à ce moment-là. N’en sortent pourtant, d’ordinaire, que les volutes puantes de ses cigares bons marchés.

Ainsi vêtue, S. a fait demi-tour in extremis, m’a raconté la collègue qu’elle avait alors envoyé me chercher.

Sortir de mon bureau en suivant la collègue, prendre un papier à la main pour me donner l’air important, me donner l’air d’être débordé.

J’arrive dans l’ex studio photo devenu salle d’archives, et je vois cette petite pute, avec ses grandes soucoupes azur qui lui servent d’yeux, naïfs mais nymphomanes, en train de rajuster une botte blanche. « Comment tu la trouves ? » me demande sa collègue. J’ai envie de lui répondre que je voudrais la tabasser et puis la baiser alors qu’elle gît inconsciente. Jouir dedans. Et puis me masturber en regardant les bleus sur son joli visage et jouir une seconde fois, dessus. Mais ça n’irait pas, j’ai un statut à conserver. Je suis le seul à travailler en costard. Je ne peux pas dire ce que je pense à ce moment précis. Donc je la clappe. Je reste appuyé dans l’encadrement de la porte. Elle se remet à son travail de classement, dans son costume de majorette, pendant que je tente d’afficher une certaine nonchalance, et que sa collègue, elle, me mate sans équivoque. Je demande à S. de me remémorer pour quelle fonction elle a été embauchée, commerciale, c’est ça ? Non, employée polyvalente. Oui, c’est bien, la polyvalence, c’est très formateur.

Finalement, j’ai beaucoup de chance. Personne ne sait exactement en quoi consiste mon boulot, mais tout le monde sait instinctivement que j’ai de grosses responsabilités. Des responsabilités qui les dépassent. Par conséquent, on me fiche une paix royale. Le ponte, il y a longtemps qu’il a démissionné. Mentalement, j’entends. Il se contente d’encaisser ses chèques hebdomadaires de 3184€, de fumer, et de se faire apporter des whiskies. Au fond, je ne sais pas trop qui fait tourner cette boite. Je veux dire, le niveau hiérarchique strictement inférieur au ponte, c’est moi. Et, pour autant que je sache, je ne fais rien tourner du tout. Encore en dessous, il y a une quirielle de filles qui défilent en costume de majorette. Tout en bas, il y a une femme de ménage qui fait des trucs vaudous.

Enfin je crois.

This one is dedicated to…. fuck it.

27 novembre 2006

Assis dans le tram à côté de S. il y a comme un malaise. Alors même qu’elle est immobile et silencieuse, tout son être suinte l’agressivité. J’adopte depuis plusieurs semaines une attitude tellement jemenfoutiste face aux stratagèmes dont elle use pour essayer d’attirer mon attention, qu’elle a la rage. Au plus elle tente de me « séduire », au plus je me montre distant. Ce doit être frustrant pour elle, à la longue. La semaine passée j’ai poussé le bouchon encore un peu plus loin en lui balançant en plein tronche que je la trouvais comme agacée, frustrée par quelque chose, et qu’il serait bon pour le bien de l’équipe qu’elle essaie de dégager un peu plus d’énergie positive (sur un ton très paternaliste). Elle a eu un de ces rires nerveux qui signifient « merde, pourquoi y a rien qui marche avec ce type ? ». Le lendemain elle s’arrangeait pour se retrouver seule avec moi dans la salle des serveurs (4M²), portant de nouvelles bottes et un futal très, heu… suggestif. Je l’ai déshabillée du regard bien lentement, en veillant à prendre un air « ouais, c’est un début, mais tu peux mieux faire », puis je l’ai chassée… y a des gens qui bossent, vois-tu.

C’est un de mes grands problèmes en fait. Quand une fille utilise différents stratagèmes, souvent inconscients, pour attirer mon attention sur elle (alors même que le désir est parfois réciproque), il devient difficile pour moi de ne pas franchir les limites de l’ineffable connardise. Je ne supporte pas d’être la proie. J’ai une telle sensibilité aux tentatives de manipulation, même les plus dénuées de volonté nuisible, qu’un simple mouvement de chevelure féminine suffit à m’insuffler la pensée suivante « qu’elle ne s’imagine surtout pas qu’un stratagème aussi plat va lui apporter le moindre regard de ma part ». Et paf, la voilà grillée. La séduction ne fonctionne que lorsque je suis en phase de prédation, et que la gazelle se laisse mordre sans avoir rien demandé.

Je n’aime pas les prédatrices. Mieux, elles déclenchent en moi des vagues d’antipathie brute. Réflexes.

Je pense qu’il doit y avoir là au fond, une peur. Une peur à nommer et à exorciser…
Parce que bon, S., elle doit quand même être terrible au lit.

(ce texte pue le baclé, mais je suis trop vanné que pour l’améliorer)

€/h

27 novembre 2006

Mme B. est une femme qui a dépassé la soixantaine avec qui j’entretiens des liens particuliers depuis quelques années. Elle a tout d’abord été une cliente, je suis plus tard devenu son patient. Belle inversion des rôles et du rapport de force… Détail amusant, nous facturions le même montant horaire… voilà ce qui s’appelle une relation équilibrée.
Depuis la fin de ces rapports professionnels, nous nous croisons au fil des aléas de la vie et partageons chaque fois des discussions d’un grand intérêt.

Nous parlâmes la dernière fois des rapports amicaux entretenus avec les ex. J’en étais justement au début de ma prise de conscience que ça ne marche pas. Et à l’aide de cette phrase toute simple, cette analogie presque scabreuse, elle a littéralement allumé la lumière dans mon esprit : “les ex, c’est un peu comme lorsqu’on veut se sevrer de la drogue ou de l’alcool, il ne faut plus jamais y toucher, même un tout petit peu. Plus jamais. Ou en tout cas pendant très longtemps. Sinon vous avez toutes les sensations qui étaient attachées… à ce stimulus… qui reviennent en force, et tout est à recommencer.

Une telle justesse m’a laissé pantois. C’était la juste motivation qu’il me fallait pour enfin aller non seulement de l’avant, mais aussi dans la bonne direction.

J’ai tout fumé le rhum coca

25 novembre 2006

Il est cinq heures. Je n’ai pourtant bu que quatre rhums coca sur toute la nuit, mais ça me suffit à avoir une patate surréaliste. Ingérable, je rebondi d’une personne à l’autre, mais sans devenir goofy pour autant. J’ai surtout du mal à limiter cette tendance qu’à mon énergie à se transformer en domination et arrogance. Toujours garder le sourire, et un regard profond duquel on ne sait plus s’extraire (je m’entraîne devant le miroir, seul chez moi). Je refuse de payer un verre à cette fille blonde plutôt jolie qui me le demande et qui a, visiblement, déjà eu son compte. Evidemment, comme un homme ne doit pas souvent lui refuser quelque chose, elle ne sait pas comment réagir. Je la vois se morceler de l’intérieur. Elle cale. Elle a des ratés. C’est mignon. Je ne peux retenir un sourire grinçant. Elle n’ose plus me regarder dans les yeux et elle reste là, pantoise, comme une gamine.

Je me tourne vers cette fille, N., qui revient d’un baba-trip d’un an en Australie (c’est-à-dire le prototype même de la fille avec qui il me parait scientifiquement impossible d’avoir la moindre affinité – de là à parler de répulsion réflexe, il n’y a qu’un pas que je me garde de franchir pour l’instant) dont une amie me parle depuis des semaines. Elle veut absolument que je séduise cette N., parce que cette dernière (sortait) baisait avec son mec actuel avant de partir et qu’elle est paniquée à l’idée que N. lui re-saute dessus. Je lui explique que je peux séduire, mais certainement pas rendre fidèle…

Cette fille est plutôt pas mal, mais est froide comme un caillou. Je vanne un peu tout le monde, mais pour elle je ne trouve rien d’efficace. Je ne parviens même pas à utiliser son attitude détachée et ennuyée pour la faire sourire. Elle semble morte de l’intérieur.
Quelque chose me dit que c’est mal barré pour le service à rendre.

Mon sens du devoir me permet de continuer durant deux-trois minutes, mais sans grande conviction. Au moment où j’abandonne et me tourne plus spécifiquement vers le reste du groupe (j’aurais dû y penser plus tôt), la voilà qui se réveille, revient vers moi et balance quelques vannes extrêmement cyniques sur le monde de la nuit, l’alcool, les soirées. Elle fait ça très finement car je ne me sens pas visé, elle ne m’inclut pas dans le lot alors qu’il eut été plus aisé de le faire. J’en profite donc pour en remettre une couche sur le même sujet, afin de m’en exclure définitivement. Elle esquisse un sourire discret, son premier. Elle plonge ENFIN ses yeux dans les miens et là je comprends qu’une connexion se fait dans son cerveau.

La première étape est faite. Je n’ai pas envie de me donner plus de mal pour ce soir, je suis sorti dans deux boites différentes sur une nuit après une semaine de dingue au boulot, et cette tentative de drague m’a épuisé : je me casse.

Nous sommes dix jours après, elle re-apparaît en me contactant sur le net après avoir chopé mon adresse MSN auprès de cette amie qui avait peur pour son mec.
How ironic.

Bon, je vais continuer le boulot en essayant de faire ça proprement, elle semble plutôt finaude…

Tellement dénué de sentiments que je ne séduis plus que par obligation.

Chanson, d’application

10 novembre 2006

Eagles of death metal - Already died

Yes it’s been a long damn time
Ain’t been around cos’ I work for my money
I’d love to stay but i’m really runnin’ short on time

And I hear you’ve got a new man
He’s like a new-age hippie
And he’s rollin’ in the money
No…I don’t really hold a grudge
It’s just hard for me…
I feel like you already died…
I feel like you already died…
I feel like you already died…

I know it works out bad sometimes
I’m glad we’re friends
Cos’ we’re hateful as lovers

I walk away knowing everything I said was lies
My heart and my mind have been all twisted…
I can’t get no sleep…
I found the lighting in the grass line…
There’s a blackness passing over me
I’ve been transformed…

J’ai résolu mes problèmes d’alcool en passant au mojito

5 novembre 2006

Huit minutes après lui avoir fait un appel absence, on commence à trouver le temps long devant chez Léa. Le moteur de la caisse est coupé, et ça commence à cailler dans l’habitacle. J’ordonne à mon pote de la rappeler, elle décroche et s’excuse de ne pas arriver à réveiller Kream, qui vient de s’envoyer seule une bouteille de Martini rouge.

I say whatever.

Elles finissent pas sortir de la maison. Je les vois arriver dans le rétroviseur, je déverrouille une portière pour les laisser monter. Kream est habillée comme une pute complètement wasted qu’elle est. Léa est impeccable et sexy. Pourtant je décide de ratisser large et leur demande si elles sont si désespérées qu’elles ont jugé nécessaire de montrer toute la marchandise avant même d’être dans un lit. Claque sur mon biceps, évidemment.

Durant le trajet, je les tease et devient verbalement limite désagréable avec L. Mais en gardant un demi-sourire et mes yeux dans les siens, je parviens à lui faire passer le parpaing de mon arrogance comme s’il s’agissait d’un petit suppositoire bien lubrifié. Dingue ce qu’on peut passer comme savon à une femme, du moment qu’on garde un regard charmeur. J’avoue avoir encore parfois du mal à rester dans les limites strictes de l’arrogance amusée, à ne pas sombrer dans la vulgarité plate. Rester fin pour moi c’est un peu comme manœuvrer une moissonneuse-batteuse sur le slalom du permis moto. Ca me demande une sacrée dextérité quoi. De rester socialement acceptable.

Arrivés au club, L. trouve le moyen d’enlever une couche de tissu. Et là ce n’est pas son ventre que j’observe, mais la tête de mon pote qui parvient à exprimer énormément de choses en l’espace d’à peine deux secondes… D’abord ses yeux se braquent littéralement sur le joli nombril ainsi dévêtu, puis ils s’exorbitent légèrement, sa bouche s’entrouvre, puis finalement il détourne la tête très rapidement et se met à regarder au loin, comme s’il avait vu quelque chose. Je rigole doucement. L. me demande ce qui se passe, en haussant un sourcil. Je ne réponds pas, et me dirige vers le bar.

La musique est bonne et forte, je vais pouvoir danser à jeun. Je commande juste une Carlsberg. K. me parle à l’oreille à deux reprises, d’une manière exagérément et délibérément sensuelle. Je dois admettre qu’elle me prend au dépourvu, que son souffle dans mon cou et sa peau contre la mienne me désarçonnent autant qu’ils m’excitent. Je pensais au moins atteindre la piste de danse pour la phase de rapprochement… Elle s’enfile quatre bières quasiment d’une traite, pour éteindre un peu le Martini Red sans doute.

Je finis ma Carlsberg tranquillement et m’avance façon playa vers la piste de danse. L., que je n’ai pas cessé de casser, est forcément en train de me mettre le paquet d’eye-contacts diaboliques, on se frotte, on se cherche… mais en fait non, moi je voudrais bien choper cette petite pute de K, qui a l’air trop cinglée que pour ne pas être un de ces super bons coups dont on se souvient longtemps. Je ne suis pas intéressé par la conventionalité de L. qui me drague.

L. continue à m’allumer et je joue le jeu. Ca se fait, parait-il. Mais du regard je cherche K et ne la trouve pas. Elle réapparaît dans mon champ de vision après quinze minutes, en train de se laisser enrouler par un gars qui semble avoir seize ans maximum, très efféminé. Il la pelote, ils se caressent, ils se frottent. Je suis très excité et jaloux, bien que je sois occupé à faire la même chose de mon côté avec L.

Puis le mec essaie d’embrasser K. une fois, puis une seconde, mais elle détourne la tête et finit par le repousser carrément après quelques minutes. Elle a exclu elle-même mon compétiteur.

Du coup je n’ai plus envie d’elle, et plus envie de rien.
Je rentrerai seul ce soir.

Trop flegmatique que pour baiser

27 juillet 2006

Je rêve de rencontrer une femme à la personnalité complexe et torturée. A la fois calme et sauvage… timide et féline, fidèle et ambivalente… Torturée par mon absence, mais confiante. Je rêve d’elle comme une créature en souffrance que seul moi pourrait comprendre, mais certainement pas sauver. Pour moi, elle saurait aussi. Elle comprendrait mon besoin de larguer les amares, parfois. Puis de toujours revenir dans ses bras, sans explication. Je rêve d’une femme qui a passé l’après-midi à se bourrer la gueule, pour la trouver presque dans le coma lorsque j’arrive chez elle. Je l’aide à vomir et j’en ai sur les mains, mais ça ne me dégoûte pas, parce que c’est elle. Elle s’endort sur le carrelage de la salle de bain, avec la tête sur mes genoux, et je ne la juge pas. Je rêve d’un amour épuisant et dramatique… un amour plein et entier, sans besoin de compromis l’un envers l’autre. Sans compromis envers le sentiment lui-même. Je voudrais que nous crevions d’épuisement l’un pour l’autre. Je voudrais que nous mourions ensemble, l’un pour l’autre. Je voudrais qu’on crêve d’alcool. Je voudrais qu’on s’entraine l’un l’autre dans un spirale démentielle de sexe inconscient sous l’emprise de…

Mais - je suis trop flegmatique - que pour vivre - une vraie passion.

Ou pas.

Nights of alcoholic debauchery

22 juillet 2006

La serrer dans les bras c’est un peu comme rentrer à la maison après un long séjour sur une planète inhabitée. Tu retrouves le cadre nécessaire pour te sentir libre. Du reste, c’est là une des plus belles contradictions que je connaisse. Car être sur une planète déserte, bien que l’on puisse disposer de toute sa surface, c’est être en prison.
On devrait toujours pouvoir être aimé de celles qui nous rappellent qu’on est chez soi.

Je suis insomniaque depuis deux semaines et ça devient pesant. L’insomnie provient sans doute d’une certaine angoisse, mais l’insomnie elle-même est angoissante. Cercle vicieux. Le sommeil et moi, on s’est jamais très bien entendu (oui, même avec ça j’ai des rapports chaotiques). C’est terrible l’insomnie, parce que tu voudrais vraiment dormir, tu en as marre, tu as épuisé toutes les activités utiles ou non que tu pourrais faire pour t’occuper, et tu veux juste arriver au lendemain matin pour entamer des choses nouvelles. Et ce lendemain matin n’arrive pas. Il y a ce besoin d’une coupure nette entre les morceaux de vie. Le sommeil sert à ça, à segmenter la vie pour retrouver ses esprits. Tu ne peux pas regarder une trilogie en DVD sans faire de pause…

Donc tu souffres d’insomnie, tu es seul dans le noir à tourner sur toi-même, l’atmosphère devient pesante, tu es crispé, tu ne peux dès lors que te ressasser de mauvais films sur ce que tu as raté ces dernières années, ces dernières heures.
Les filles peuvent avoir des paroles très dures lorsqu’elles pensent être gentilles. Des termes comme « ami » au lieu de « amant »… « je t’adore » au lieu de « j’ai acheté un nouveau modèle de capote fantasy, tu veux venir l’essayer avec moi ? »… « t’es un gars bien » au lieu de « tu voudrais avoir une expérience SM avec moi ? »… « ben tu le sais bien que t’es super bien foutu, y a beaucoup de filles qui craquent sur toi (ha où ça ?), moi je te désire pas mais ça veut rien dire » au lieu de « hier soir je me caressais, et tu vas rire mais je me suis mise à fantasmer sur toi, c’est fou non ? », etc.
Z’êtes blessantes. Et ambigues.
Pétasses.

Les seules nuits durant lesquelles j’ai réussi à dormir, sont celles qui ont commencé aux petites heures du matin, en étant plein comme une outre d’avoir fait des afond de Jack.
A l’oeil, le Jack.

Si si, un afond de whisky, ça se fait. J’étais là.

Enfin je crois.

A toi

11 juillet 2006

A *toi*.

Nous savons que je ne crois plus en rien depuis bien longtemps, peut-être depuis mes dix ans déjà. Je ne crois surtout pas en l’humain, je ne pense pas qu’il ait des qualités, je ne pense pas qu’il soit digne de confiance.
Je ne lui reproche rien non plus, mais qu’on ne me demande pas de l’aimer. Cela, tu le sais.

Toi, lorsque nous nous sommes rencontrés en 2001, tu m’as bondis dessus, et je me suis laissé faire parce que je te trouvais curieusement inoffensive. Puis, pendant quatre années tu as tenté de me donner autant d’amour qu’il est possible de donner. Physiquement, moralement, matériellement, affectivement, temporellement, il n’eut pas été possible de donner plus. Je pense parfois, avec le recul, que tu avais non seulement la capacité de palper ma douleur bien sûr, mais aussi de la comprendre dans toute son essence, et que tu voulais tenter de me guérir. Tu ne m’appelais sans doute pas “ton ange déchu” pour rien… Mais qui était l’ange dans l’histoire?

Ton amour, je n’ai jamais accepté de le recevoir.

Parce que je pensais que tu te foutais de moi, parce que je ne croyais pas qu’on puisse aimer quelqu’un aussi fortement ailleurs qu’au cinéma, que je trouvais ça impossible, que ça ne pouvait être que du mensonge, qu’un jour tu retournerais forcément ta veste… je me suis protégé à mort, je me suis empêché de te montrer combien je t’aimais aussi. J’essayais de faire le dur, le blindé, l’indifférent. Avec succès finalement. Non, toi au moins, tu ne parviendrais pas à me piéger. Pas comme les autres là… celles qui piègent les gars naïfs qui sont amoureux pour la première fois de leur vie, et surtout pas comme ceux qui piègent les enfants.

On ne m’aurait plus.

Epuisée, brisée, lassée de donner, lassée d’essayer, ton instinct de conservation a pris le dessus et tu es partie.

Au fond, je me suis eu tout seul.

J’ai peur d’avoir tari ta source d’essence angélique.
Je perçois aussi ta fragilité, enfin, mais que puis-je y faire maintenant?

Tout ceci parce qu’il y avait un humain digne, et que je l’ai traitée comme une merde.

Si un jour une femme arrive à m’apprivoiser, ce sera grâce à toi, à ce que tu m’as donné. A ton départ aussi.
Merci.